
EXTRAITS DU ROMAN
A la frontière de deux mondes

Prologue – La lumière avant le choc
Il y a des rencontres écrites avant même que la vie ne commence.
Des âmes qui se cherchent dans la clarté du monde se reconnaissent dans un souffle, un battement, une lumière. Avant les routes, avant les corps, avant les noms.
Ce matin-là, le vent soufflait doucement sur les collines. Le soleil perçait à peine les brumes, et l’air avait cette odeur d’herbe humide et de promesse neuve. Quelque part, deux voitures s’approchaient l’une de l’autre, lentes, pressées, inconscientes.
Deux destins en marche, portés par la même solitude, la même attente confuse. Ils n’étaient encore que des inconnus, mais ils étaient déjà liés — par une mémoire plus ancienne que leurs vies, par une promesse que ni le temps ni la raison ne pouvaient effacer.
Et dans ce silence de bascule, deux âmes se reconnurent enfin.
À la frontière de deux mondes est un roman sur l’amour, les silences et la vérité qui finit toujours par réclamer la lumière.

Alors il la vit. D’abord floue, puis de plus en plus réelle, une silhouette féminine s’avançait vers lui, comme pour apaiser le vide. La jeune femme sentit la présence avant de la voir, un rythme commun qui vibrait à l’intérieur d’elle.
— Il y a quelqu’un ? appela-t-elle doucement.
— Oui… je crois, répondit une voix proche, tremblante d’étonnement.
Leurs yeux se rencontrèrent. Le silence n’était pas vide : il vivait.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.
— Maxime… Et vous ?
— Fiona.
Le prénom flotta comme un parfum familier, sans origine.
Leurs pas les rapprochèrent, leurs contours restaient incertains, presque transparents, mais la chaleur circulait entre eux.
— Je crois vous avoir déjà… ressenti, murmura Maxime.
— Moi aussi, souffla-t-elle. Comme si quelque chose nous attendait ici…
Fiona hésita, leva la main.
— Puis-je ?
Un contact léger. Une décharge d’énergie traversa leurs corps invisibles.
— Je vous ai senti.
— Moi aussi… comme un cœur qui bat ailleurs.
Autour d’eux, la lumière pulsa doucement, au rythme d’un souffle partagé.
— Si c’est un rêve, je ne veux pas qu’il s’arrête, murmura Fiona.
— Alors, ne fermez pas les yeux, répondit-il à peine. Restez encore un peu.
Leurs silhouettes se fondirent dans l’illumination, presque indistinctes, jusqu’à ce que la lumière les enveloppe entièrement.
— J’ai froid…
— Moi, j’ai chaud. Nos deux moitiés se complètent, dit-il.
Un rire pur s’échappa d’elle, cristallin.
— Vous croyez qu’on se reverra ?
— Oui. Ici, ou ailleurs.
— Alors… à demain.
Dans leurs chambres respectives, les moniteurs s’affolèrent, reflétant une vie partagée, étrange et silencieuse. Deux âmes venaient de se promettre un lendemain.
La première rencontre nocturne
La jeune femme ouvrit les yeux dans un éclat de lumière blanche, douce au point d’effacer la douleur. Tout semblait suspendu. L’air n’avait plus de poids. Le sol vibrait d’une clarté nacrée, si ténue qu’on aurait cru marcher sur un rêve.
Elle se dirigea vers la porte, ou crut le faire. À l’instant où elle l’entrouvrit, elle se retourna et se vit : allongée sur le lit, tubes et machines autour d’elle. Un frisson glacé la traversa, ou ce qu’elle croyait être son corps. Les murs semblaient respirer. Le couloir s’étirait à l’infini. Chaque pas glissait sur un sol qui ne faisait aucun bruit.
La peur ne vint pas. Seulement une paix étrange, légère, neuve. Elle leva la main : sa peau brillait d’un éclat nacré. Où suis-je ? pensa-t-elle. Sa voix résonna en elle-même, sans écho.
De l’autre côté, le jeune homme errait aussi, perdu dans ce rêve sans bord. Ses souvenirs s’effilochaient : la route, le choc, le métal qui criait. Puis plus rien. Il tenta de respirer, mais l’air n’existait plus.
— Suis-je… mort ? murmura-t-il.
Le mot s’éteignit, avalé par la lumière.